Le pomarosa qui nourrit ceux qui apprennent encore à voler
Par Nilson
Dans la réserve, il y a un arbre qui travaille sans relâche. Nilson l'a découvert chargé à ras bord : des fruits rouges et luisants de pomarosa — ou perita, comme on l'appelle par ici — serrés au creux d'un feuillage si dense qu'il laisse à peine deviner le ciel. Le tronc, robuste et recouvert d'une écorce grisâtre, soutient une couronne si généreuse qu'elle semble ignorer le manque.
L'arbre ne passe pas inaperçu. Les écureuils le fréquentent assidûment, et les perroquets sauvages se donnent aussi rendez-vous dans ses branches. Mais il y a autre chose : les fruits qui tombent ou qui sont récoltés de cet arbre finissent dans les mangeoires de la Fundación, comme nourriture pour les perroquets encore en réhabilitation — ceux qui ne savent pas très bien quoi faire de la liberté qui s'apprête à les envahir.
C'est Nilson qui a fait la présentation officielle, un fruit rouge à la main, comme quelqu'un qui montre quelque chose dont il vaut la peine d'être fier. Et il avait raison.
À propos de l'auteur
Nilson
Nilson commence chaque matin à l'étable, à traire pendant que la lumière effleure à peine le cerro El Peligro, son coin préféré de la finca. Il sait lire les animaux avec une précision rare : un pelage terne, des yeux larmoyants ou une boiterie au lever sont des signes qui ne lui échappent jamais. Il se souvient clairement d'une vache qui tombait par faiblesse dans les pattes et d'une autre avec une plaie qui ne se refermait pas. Le plus difficile, dit-il, c'est quand un animal tombe malade et que le diagnostic tarde à venir. Sa vision du futur est simple et précise : une volée de loros survolant librement le territoire, et les voisins levant les yeux vers le ciel.