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Fundación Loros
La petite cage vide

La petite cage vide

Par Anonyme · Argentine, Córdoba · Perruche ondulée (Melopsittacus undulatus)

Quand j'étais enfant, ma mère m'offrit une petite perruche australienne. À la maison, nous l'appelions « la catita ». Son plumage était doux, aux nuances bleues, et elle tenait tout entière dans la main comme un secret. Elle vivait dans une petite cage blanche, dans ma chambre, et ses petits yeux me saluaient chaque matin.

Ce matin-là, je partis à l'école comme d'habitude, sans imaginer que quelque chose allait se briser pour toujours. En rentrant, je trouvai ma petite sœur et ma cousine — toutes deux d'environ cinq ans et demi — qui couraient vers moi avec quelque chose dans les mains, comme si elles avaient découvert un trésor. Et puis, agitées, elles me dirent hors d'haleine :

« La catita ne bouge plus. »

Elles la tenaient maladroitement ; son petit corps était encore chaud. À leurs pieds, sur le sol, je vis un porte-clés en forme d'ancre, grand et en bronze. Je n'ai jamais su pourquoi elles l'avaient. Je ne voulus pas demander.

Je restai immobile. Je ne pleurai pas. Je ne parlai pas. Je la regardai seulement, avec l'espoir vain que mon regard lui restitue quelque chose de ce qu'elle avait perdu.

Quand je leur demandai ce qui s'était passé, elles racontèrent d'une voix tremblante qu'elles l'avaient lancée plusieurs fois, en essayant de la voir voler. Mais les plumes de ses ailes avaient été coupées. Elle ne pouvait pas. Et lors d'un de ces lancers, elle heurta le mur. Et mourut.

La petite cage resta vide, un petit cercueil blanc dans ma chambre.
Et je compris, sans larmes, que les secrets les plus infimes renferment parfois la douleur la plus profonde.

Analyses et réflexions de Fundación Loros

L'histoire de Catita montre avec une clarté douloureuse comment les animaux peuvent être traités comme de simples jouets. Deux fillettes jouent avec son corps encore tiède, conscientes de sa mort, sans comprendre la valeur de sa vie. Il n'y a pas de cruauté intentionnelle, mais une déconnexion apprise : voir l'oiseau comme un objet, non comme un être. Cette histoire ne cherche ni héros ni dénouements heureux ; elle ne laisse qu'une cage vide et une question ouverte. Elle nous rappelle que le respect des animaux ne commence pas par de grands gestes, mais par le fait de reconnaître leur existence comme digne, irremplaçable et jamais, au grand jamais, substituable à un moment de divertissement.