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Fundación Loros
Lorenzo et le fossé entre les soins et la loi

Lorenzo et le fossé entre les soins et la loi

Par Dita · Colombie, Barranquilla · Amazone à front jaune (Amazona ochrocephala)

Je l'ai rencontré un mois de janvier, lorsqu'on l'a amené à la maison dans une cage minuscule et horrible, bien trop petite pour sa taille. Il a salué d'un « Buenas » si joyeux, appris sans doute de son ancien propriétaire.

J'étais sous le choc : je n'avais jamais imaginé voir de si près un spécimen d'Amazona ochrocephala, le loro real. Je ne comprenais même pas ce qui avait poussé ma mère à le ramener, elle qui n'avait jamais été une personne à animaux.

Ce fut le coup de foudre. On me dit qu'il s'appelait Lorenzo, qu'il était adulte et qu'il fallait faire attention car il mordait. Mais mon entêtement et l'envie de le connaître m'ont poussée à l'inviter à sortir de la cage, à s'étirer et à découvrir son nouvel espace. Et c'est ce qu'il fit : il sortit de la cage et resta là, perché sur le toit de celle-ci. Puis il s'approcha de moi, baissa la tête et se gonfla les plumes, m'invitant à le gratter.

Je crus que c'était un piège pour m'attirer et me mordre, mais quand j'osai le caresser, il ne fit que savourer une bonne gratouille. À cet instant, j'ai senti sa soif d'affection et d'attention.

Sa seule arrivée a bouleversé ma maison, ma routine, mon porte-monnaie et mon monde. J'ai commencé à me documenter pour m'adapter à ses besoins, et à compter chaque centime de mon compte pour lui acheter, peu à peu, tout ce qu'il lui fallait : son espace, ses activités, sa santé, sa nourriture.

Son vétérinaire me disait que c'était le perroquet le plus noble qu'il connaissait. Chaque journée avec lui était une nouvelle découverte. Il m'a donné mille cheveux blancs… et des millions de joies.

Je suis devenue folle. Je l'emmenais en voyage, je lui fêtais ses anniversaires, je lui achetais des cadeaux de Noël, entre autres folies. Il ne me laissait pas aller seule aux toilettes ni manger en paix. J'ai compris ce que c'est que de perdre toute intimité quand on vit avec un oiseau.

Avec le temps, il n'était plus mon perroquet, et il ne fut jamais mon animal de compagnie. Il fut mon fils adoré, le chouchou de la maison. J'ai aimé chaque minute passée avec lui.

J'ai toujours su qu'une vie en captivité, à la maison, n'était pas la bonne. Alors, chaque fois que quelqu'un me posait la question, j'insistais beaucoup pour déconseiller d'avoir un oiseau. Les gens ne réalisent pas ce que cela implique, ni ce que signifie priver un animal de sa liberté.

Je n'ai jamais choisi de l'envoyer dans un centre pour oiseaux, car j'avais compris qu'un oiseau élevé au biberon par des humains dès la naissance s'attache à la présence humaine et s'y habitue. Il ne cohabite pas toujours bien avec d'autres oiseaux, ce qui peut lui causer des problèmes émotionnels. Ma mission en tant que sa protectrice était de lui offrir le meilleur environnement, la meilleure alimentation et les meilleurs soins tant qu'il serait avec moi. Rien que le meilleur.

Malheureusement, mon petit est parti de ce monde en 2024, sans aucune explication. Je ne sais pas si c'était de causes naturelles, ou si son ancien mode de vie lui a joué des tours d'une façon que nous n'avons pas su détecter, ou que j'ai laissé passer.

Je remercie Dieu pour l'opportunité qu'il m'a donnée de le connaître, de changer sa vie, de changer ma vie. Et s'il m'a manqué quelque chose à lui offrir, j'espère que dans une autre vie nous nous retrouverons.

J'espère vraiment que, dans l'avenir, les lois trouveront un moyen de mettre fin au trafic illégal et à la détention de ce type d'espèces. Je suis convaincue que les gens ne mesurent pas ce que signifie avoir un oiseau, ni les dommages causés aux écosystèmes quand on les en arrache.

Il est, et sera toujours, l'expérience de vie la plus merveilleuse que j'aie pu avoir. Peut-être que tout le monde raconte la même chose de ses perroquets, mais aujourd'hui, en vous racontant l'histoire de mon Lorenzo, je célèbre sa vie et je prie pour que l'amour infini de Dieu lui ait accordé la liberté qu'il méritait tant.

Merci de m'avoir donné cet espace et ne renoncez pas à votre mission de sauver tous les oiseaux qui en ont besoin.

Analyses et réflexions de Fundación Loros

L'histoire de Lorenzo reflète non seulement le lien profond qui peut se tisser entre une personne et un oiseau, mais aussi la complexité éthique de cohabiter avec un animal sauvage hors de son milieu naturel.

Chez Fundación Loros, nous reconnaissons que beaucoup de gens n'ont pas de perroquets par caprice, mais par affection, compassion et volonté de protéger. Cette histoire ne parle pas d'une « détention irresponsable » : elle parle de quelqu'un qui a consacré sa vie à réparer un tort antérieur, avec conscience et amour. Elle déconseille d'ailleurs la captivité et rêve d'un monde sans trafic.

Mais elle met aussi en lumière quelque chose que nous ne pouvons ignorer : la méfiance envers les institutions. Beaucoup de personnes qui sauvent des oiseaux de situations de maltraitance craignent de faire appel aux autorités, par peur d'être jugées ou de voir les animaux se retrouver dans de pires conditions. Ce manque de confiance tient, en partie, à un système qui ne parvient pas encore à distinguer celui qui nuit de celui qui tente de prendre soin avec les moyens qu'il a.

C'est pourquoi nous lançons un appel urgent.

Aux autorités environnementales : qu'elles revoient la manière dont sont traitées les personnes qui, sans respecter la loi, ont agi de bonne foi. Il faut plus d'empathie, d'écoute et de clarté.

Aux institutions chargées de la gestion de la faune : qu'elles renforcent leur transparence et garantissent le véritable bien-être des animaux saisis.

Et à la société : qu'elle comprenne qu'aimer un perroquet, ce n'est pas le posséder, c'est respecter son droit à voler libre.

À celles et ceux qui, comme l'autrice de cette histoire, ont pris soin par amour : merci. Vous faites partie du changement, vous aussi. Car aucun cœur qui aime ne devrait être traité en ennemi. Et parce que la liberté des animaux exige des institutions aussi sensibles que fermes.