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Fundación Loros
Ailes vers la retrouvaille

Ailes vers les retrouvailles

Par Steban Telles Ospina · Colombia, Quindío · Amazone à tête jaune (Amazona ochrocephala)

Depuis tout petit, j'ai toujours été passionné par les animaux ; j'ai grandi entouré d'eux. Chez nous, il y avait toujours des chiens et des chats, mais quand je rendais visite à la ferme de ma grand-mère Amparo, c'était vraiment magique. Dans cette petite maison si grande à sa façon, ma grand-mère conversait chaque jour avec une perruche appelée Martha, un bel oiseau vert forêt rehaussé de teintes jaunes qui rappelaient le soleil. Ma grand-mère ne se lassait jamais de lui parler. Elle la laissait se déplacer librement dans toute la ferme et, sans que personne comprît vraiment pourquoi, Martha ne partait jamais, alors qu'elle avait toujours la possibilité de prendre son envol. On aurait dit que Martha prenait un vrai plaisir à passer du temps avec elle : toutes deux se complétaient, et quand quelqu'un d'autre arrivait, c'était les conversations les plus joyeuses de toute la famille, pleines de rires, de jacasseries et de bonne humeur.

Martha était dans la famille depuis deux ans quand ma grand-mère est décédée d'un cancer. Ce fut une épreuve pour nous tous, mais surtout pour cette petite chanteuse. Il était bouleversant de voir comment elle traversait elle aussi le deuil : elle cessa de parler et, silencieuse, parcourait chaque recoin de la maison, cherchant sa fidèle compagne qui n'était plus là. Elle passa plusieurs semaines ainsi, inquiétant tout le monde, car elle mangeait très peu et ne semblait presque plus apprécier son séjour à la ferme. Trois mois après la mort de la grand-mère, quelque chose d'inattendu se produisit : Martha commença à retrouver son éclat, peu à peu. Elle se remit à nous parler ; ces beaux mots qui faisaient sourire quiconque se trouvait près d'elle revinrent. Mais ce qui allait suivre sa guérison, nous ne le savions pas encore.

Un jour, alors que nous étions à la maison, Martha prononça le nom de la grand-mère en poussant un cri ; elle dit son prénom, « Amparo », avec une telle netteté que toute la famille en fut saisie. Ce fut un moment aussi fortuit que beau. Quelques heures plus tard, Martha se mit à s'approcher de chacun d'entre nous : ma mère, mon père, mon frère ; puis, après avoir dit au revoir à tous, elle s'envola de la ferme en un clin d'œil. C'était la première fois qu'elle le faisait, et cela arriva si soudainement que personne n'eut le temps de la retenir. Nous la regardâmes lentement s'éloigner dans un ciel bleu, emportant avec elle nos souvenirs d'elle et de la grand-mère, laissant derrière elle le foyer qui l'avait vue grandir, mais où son amie n'était plus là pour la retenir — non pas au sens littéral, mais par cette force d'amour qui les liait. Nous comprîmes alors que Martha n'avait pas quitté son foyer : elle s'était envolée vers le ciel à la recherche de sa fidèle compagne, deux âmes libres qui allaient se retrouver dans leur amour éternel.

Toute cette expérience avec les animaux, et avec Martha en particulier, m'a motivé à étudier la discipline de mes rêves : la biologie. C'est là que j'ai trouvé ma vocation et ma raison d'être : étudier pour et par la conservation des animaux, en défendant leur liberté et leur respect. Ce sont des êtres immenses qui ont de grandes histoires, dont beaucoup méritent également d'être racontées.

Merci !

Analyses et réflexions depuis Fundación Loros

Les perroquets peuvent vivre jusqu'à quatre-vingts ans, et leur lien avec un être humain est parfois si profond — voire monogame — qu'en perdant leur compagnon, ils tombent dans une tristesse profonde. Lorsque « leur humain » décède, les familles ne savent souvent pas comment prendre soin de cet oiseau resté seul. Cette situation n'est pas un caprice romantique de la captivité, mais la conséquence tragique de priver un être sauvage de son environnement social.

La véritable responsabilité commence par un accompagnement professionnel : des vétérinaires spécialisés et des biologistes peuvent concevoir un plan de réhabilitation incluant une alimentation adaptée, des stimulations environnementales et, surtout, la réintégration aussi rapide que possible avec d'autres perroquets. C'est à cette seule condition que nous offrirons à ces créatures longévives la compagnie, l'espace et la liberté dont elles ont besoin pour voler à nouveau avec santé et joie.